Maintes fois
J'ai laisse choir la muette interrogation
Au creux de mes cotes qui sonnaient le vide :
Quel profit y avait-il a forger des fables
Quand la vie les saignait toutes
D'un seul revers de jour cru ?
Mes vers les plus chéris
Furent ceux qui ne disaient mot
C'était précisément ce néant poli
Que l'on caressait du regard
Par soif d'appartenance
Mes années les plus mortes
Ou je m'abolissais jusqu'à n'être plus
Qu'une silhouette de cendre sur le mur
Etaient celles ou l'on me proclamait sage
Aujourd'hui je sais :
Nul visage
Nulle fable gravée dans le marbre des âges
Nulle tragédie ciselée par les plus grands
Ne contient la vérité nue de ce que nous sommes
Nous ne sommes que
L'élan idiot et magnifique
De poursuivre ce que nous chérissons
Jusqu'à ce que le corps défaille
Ou que l'âme se taise enfin
Les autres drapent la mort de velours noir
Moi je la fixe sans trembler :
Elle n'est ni givre, ni braise
Ni abime qui appelle
Seulement une porte entrouverte
Sur un ailleurs sans nom
Car il n'en requerra nul besoin
Ô toi
Papillon né de l'instant qui dansait si doux
Venu te poser sur la vanille tendre de ma glace
Ailes de soie translucides, caressées d'un rayon pur
Que nul nom ne saurait jamais retenir
Tu frémissais d'un bonheur si vaste et si léger
Qu'il changeait le froid en miel chantant
Aujourd'hui mes songes ne feignent plus :
Ils soulèvent a peine un coin de réel
Pour que nos nuques marques au fer
Respirent un instant encore
Puisque tout n'est qu'expérience
Un battement de cils entre deux éternités vides
Nous foulerons chaque pas
Comme si la Terre elle-même
Retenait son souffle pour nous ouïr
Ô Terre
Vieille dormeuse
Qui nous porte encore malgré tout
Je ne te demanderai ni pardon ni gloire
Je t'offrirai simplement, ce murmure
Que je n'ai plus la force de retenir :
Je t'aime
Comme on aime la dernière chose
Qu'on effleure
Avant de ne plus rien effleurer
C'est tout.
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