Chant 4

Au plus que j’avançais vers eux,
Au plus que voyais de la tristesse dans leurs yeux.
D’une voix tremblante, ma mère et son mari me dirent :
« Écoute fils, écoute ceux qui ont pu réussir,

Écoute donc la voix de ceux qui te connaissent,
De ceux qui savent qui tu es avant que tu naisses.
Tu es instable et tu ne penses pas comme nous,
Tu cherches des réponses qui dans tes délires te clouent.

Ne suis plus tes idées sauvages qui t’arrachent
De tes possibilités de vivre en sécurité
Non, ce n’est ni abandonné ni être lâche,
De vouloir t’imposer ce chemin tracé.

Suis-nous dans notre fierté,
D’avoir pu embrasser nos devoirs :
Il t’incombe de prendre la voie proposée
Que nous avons pu te concevoir. »

Je tremblais, je me disais au fond de mon âme :
« Il est vrai que je risque de vivre un enfer,
Si je ne m’en retourne pas vers ce qu’ils réclament. »
« N’écoute pas, dit la torche, n’écoute pas ta mère.

Car que sait-elle de ce qui est au-delà de son regard ?
Elle ne voit pas plus loin que sa propre main,
Et ses pas sont dans une boueuse marre,
Qui l’empêche d’avancer vers le demain.

Pour elle, aujourd’hui est comme hier.
Sa vie, dans sa sécurité, ressemble aux larmes,
Qui coulent quand elle est en prière,
Suppliant une vie avec un peu plus de charme.

N’écoute pas car eux-mêmes sont tristes
De leurs sorts affligés de fatigues,
Se convainquant que leurs âmes égoïstes
Son en vérité des âmes prodigues.

Regarde leurs jours : le soleil se lève et se couche,
Comme s’il n’existait plus.
Eux se lèvent et s’endorment dans leurs couches
Avec un air pauvre et dépourvu.

Leurs richesses, disent-ils, se trouve sur les mains,
Et dans la grandeur de leurs plaisirs quotidiens.
Leurs petites joies sont inscrites dans leurs agendas,
Attendant dans leurs soifs le repas.

Ô toi, ne t’attarde pas vers eux,
Avance d’un pas sûr et certain
Car si tu veux aller mieux,
Tu dois avancer dans ton chemin. »

Quand il me dit tout cela, je pleurais au fond de moi.
J’étais bouleversé, pourtant aussi délivré
Du poids imposé par ceux-là,
Qui sans le savoir maintenaient mon âme trébuchée.

Je me rendais donc compte que ses dires
Paraphrasaient une malheureuse insatisfaction
Qui tenaient débout grâce à des conditions
Qui eux-mêmes n’arrivaient pas à retenir.

Leurs joies étaient des objectifs préparés,
Projetés à des années de leur lieu ;
Passant jour après jour à y penser
Comme une corde les sauvant de leurs jougs ennuyeux.

La torche m’ébranla et la route je repris.
Elle était la voix qui me permettait de débusquer
Les loups qui se cachaient entre les sucreries
Que les gens me proposaient dégoutés.

De loin, je voyais déjà arrivé mon ami,
Il courut vers moi comme un taré
Criant des mots que je distinguais petit à petit.
Et voilà que j’étais encore confronté à leurs parlés.


Chant 5

Boitant comme un soulard,
Sans n’avoir bu aucune eau de vie,
Mon ami s’approcha comme un poignard
Cherchant à tuer le feu qui me ravit.

« Tu sais, je te connais aussi bien que toi,
Et pourtant tu me semble sans cesse un inconnu.
Jadis, quand tu fus plus jeune et sans loi,
J’étais avec tes rires et ta vue.

Là où tu regardais, mon regard l’était aussi
Nos jambes avançaient comme jumeaux,
Nos voix chantaient la même mélodie
Nous étions le meilleur duo.

Mais voici que tu t’es laissé prendre. Par qui ?
Dis-le moi, cher ami avec qui je ris.
Je ne veux point être avec ceux qui pleurs,
La mort d’un frère ou d’une sœur.

Je trouve que tu as pris un chemin bien sombre,
Tes idées sont devenues dangers.
Tu parles de vérité, je ne vois qu’ombre.
Te voir partir, c’est mon bras droit arraché.

Pourtant, je le vois, tu es perdu.
As-tu pleuré ? Vien que je t’écoute !
N’ai crainte, je redresserais ce qui est tordu,
Toi qui semble pencher de doute. »

La torche se mit à me dire : « Laisse-le parler !
Laisse-le jacasser, c’est ce qu’il fait de mieux.
Qu’est-il capable de faire hormis rigoler ?
Regarde ! Il court derrière sa propre queue.

Il ne voit rien, il est aveuglé par le bruit
Qui l’assaille sans cesse au tour de lui.
Jamais il n’a de répits et de paix.
Son discours ressemble à un pet.

Ne te laisse pas tomber par l’ignorance
De de la gente infâme,
Car leurs lèvres sont comme des lames,
Charcutant toute illumination qui commence.

Ne sont-ils pas occupés à chercher
Sans savoir ce qu’il y a à trouver ?
Toi, devient celui qui trouve,
Par les étincelles qui s’éprouvent !

Deviens esprit qui règne sur la terre
Et non pas parole éparpillées qui sans cesse altère
Eux qui ne sont qu’âme à mourir,
Toi deviens âme à murir. »

J’étais debout, prêt à tomber,
Que d’un coup de flamme
Je me suis réveillé.
La lumière remplit mon âme.

Et la torche, au plus que je l’écoutais
Au plus qu’elle prenait grandeur.
De discrète elle passa à lueur,
Redonnant vie à mes pas qui chancelaient.

Je décidai de m’en aller,
Je passais donc sa silhouette brouillé.
Je quittai ma famille et mes amis,
Pour rejoindre la promesse bénie.


Chant 6

Voilà que je quittai donc ces terres boueuses,
Pour arriver près d’un rivage.
J’allai donc des paroles mielleuses,
Vers des cris de rage.

Une rivière pourpre balançait
Les hommes entre eux,
Des guerres éclataient
Pour si peu.

Alors, moi, qui marchais sur la rive droite
Une tête immonde surgit soudainement.
Une haleine vulgaire et moite
Postillonnait sur mes vêtements.

« Ô jeune homme, que fais-tu ?
Viens prendre part à ta bataille !
Ici, nous avons besoin d’individu
Qui n’a point peur des mitrailles.

Notre drapeau est haut et coloré,
Flottant sur les têtes des gens.
Nous sommes la vraie vérité,
Et si tu doutes, tu es parmi les méchants.

Viens que j’attrape ton pied,
Pour te mener vers la profondeur de la colère.
Car insurge-toi des idées
Soit des révolutionnaires ou des réactionnaires.

Prends position !
Laisse-toi consumer par ton mal-être !
Laisse-toi dévorer par tes opinions !
Ô sauve ton âme en avalant des lettres.

Deviens savant de la morale avec moi !
Renie tes racines ou embrasse-les encore plus fort !
Deviens police de la pensée doctrinale.
Accepte ta partie et l’ennemi refuse-le à mort ! »

Il me séduisait dans sa laideur,
Car au fond de moi, je voulais prendre les armes.
D’un pas, puis d’un autre monta ma fureur.
Quand soudainement la torche me fit couler une larme :

« Ne t’insurges point, malade n’en tombe pas !
Ils ne sont que bêtes sauvages,
Courant sans arrêt ici ou là.
Cherchant un sens dans ce ravage.

Ils se dopent à la politique industrielle,
Qui n’est que vinaigre bouillit
Arrachant le gout du sel
Dans la saveur de la vie.

Ils perdent la moitié de leur vie au sommeil,
Et l’autre moitié, ils sont endormis.
Leurs plus claires pensées bayaient,
Car leur parlé ne crée qu’embolie.

Regarde ! Vois ! Sens ! Écoute ! Goute !
Âpre est l’odeur de leurs slogans,
Fade est la couleur de leurs troupes.
Rien de noble il y a vouloir être arrogant.

De ces gens, pas d’humilité
Seulement de la haine.
Pas de charité,
Seulement de la peine.

Écarte-toi de leurs discours empourprés
Qui séduit seulement les borgnes.
Toi qui es voyant, rempli de clarté,
Détourne-toi de cette main informe. »

C'est par des cris de guerre qu’ils appellent,
Je m’en étais rendu compte,
Pourtant sans l’aide de la torche et son rappel,
J’aurais surement vécu un autre conte.

Ces gens-là vivent d’opposé et de contraire,
Cherchant non pas à comprendre, mais à faire taire,
Tous ceux qui ne pensent pas comme eux.
Leurs idées sont leurs propres dieux.

Vénérant penseur après penseur,
Croyants que leurs idoles sont des créateurs.
Rien ne les distingue des anciens païens
Priant devant des statuts comme les Babyloniens.

Alors, je pris le conseil de mon amie la flamme,
Et j’avançai lentement vers un autre cri.
Qui peu à peu prit la forme de ma femme,
Rugissant des mots gris.

Écrit par Merci
Je suis comme une feuille tombante. Le vent souffle en ma faveur, me menant là où je dois être.
Catégorie : Spiritualité
Publié le 04/01/2021
Ce texte est la propriété de son auteur. Vous n'avez en aucun cas le droit de le reproduire ou de l'utiliser de quelque manière que ce soit sans un accord écrit préalable de son auteur.
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06/07 22:43Lys-Clea
Et de beaux Songes .. :)
06/07 22:25marinelise
bonne nuit à ceux qui veulent bien
06/07 22:25marinelise
je dors sur le balcon avec les pipistrelles
06/07 21:56marinelise
merci de m'ouvrir la porte
03/07 23:11Lys-Clea
Bonsoir Olivier .. Orage dans ma Charente .. :)
03/07 23:04CRO-MAGNON
Bonsoir Claire
03/07 22:29Yuba
Merci beaucoup Edelphe :)
03/07 17:37Edelphe
Joyeux anniversaire Yuba
03/07 15:43Yuba
Merci beaucoup Georges de ta belle attention qui me touche ...bon dimanche à toi et à toutes nos chères plumes brillantes du site :)
03/07 13:33jacou
Avec un retard de 2 jours, je souhaite un bel et joyeux anniversaire à Yuba, notre poétesse et modératrice si ancienne ici que le temps a dit "mince je ne compte plus" et s'est éclipsé ;-)
03/07 13:30jacou
Bon dimanche à toutes les poétesses, à tous les poètes, et à eux leurs enfants qu'ils ont heureux nombreux, leurs poèmes !
03/07 10:44Moi80
Je passe, m'éclipse, reviens, fais un petit tour mais pour moi la vie est si courte et si intense...Je vous lis...Bon week-end
01/07 19:46Lys-Clea
Ah la la !!! TOI60 .. :)
01/07 19:43CRO-MAGNON
Moi59 te dit bonsoir
01/07 19:36Lys-Clea
Moi80, Bonsoir :)
01/07 19:23Lys-Clea
P'tites Viennoiseries , Tartines confiturées Maison -
01/07 19:19CRO-MAGNON
Ou un chocolat chaud
01/07 19:16Lys-Clea
Avec un p'tit Café ? :)
01/07 19:13CRO-MAGNON
Tous les jours elle a mon bonjour !
01/07 19:10Lys-Clea
Dis lui Bonjour de ma Part .. :)

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