LES LITRES DE LA NATION

Assez lassé de savoir enlacés,
L'amour de sa vie et son fourbe amant,
Il fuit fourbu la vue de ces forbans,
Et le fourbi crasseux de ses pensées.

Et puis comme une fleur il se retrouve
En ce lieu où les bleus à l'âme brillent,
Où les traîne-misères en légions quillent :
Un café où l'ami alcool vous couve.

Il gueule alors "On va boir' c' qu'on va boire,
Il n'est que temps de se mettre au goulot !"
Piteuse idée en ce miteux bistrot,
Mais il fait avec les moyens du bar.

Sans déçu de saoul en guise d'ami,
Sa nuit serait semblable à un lit vide,
Mais quelques visages se tournent avides,
Blêmes et trop heureux d'une compagnie.

Hors du temps dans cet auguste cénacle,
Il n'est plus question de demi-mesures,
Les litres de la nation, les obscures
Fraternisent avec lui et son spectacle.

Accaparés au cabaret, minables,
Farcis à chanter pourtant ils l'écoutent,
Si bien que notre héros en rajoute
Dans sa folle fable de faible affable.

Paré et apparut tel un para
Dans cet endroit pour abattre sa peine,
De tèques en archi-tèques plus que pleines
Il se bâti un moral d'apparat.

Mais s'enfuit le temps revient la tristesse,
Les problèmes sensibles de diction,
L'addiction et puis les contradictions,
L'abominable versant de l'ivresse.

Il voit sa femme à lunettes, incendiaire
Chaque fois qu'il ferme ses yeux en feu,
Et notre homme valeureux malheureux
Noie la table de ses larmes grossières.

Fermeture du rade et hébétude,
L'instant est venu de mettre les voiles,
Soupirs sous d'indifférentes étoiles,
Il est saoul pire qu'à son habitude.

A son tour niqué, tout tourne et l'écoeure,
Mais de dépit en débit il avance,
Rotant peinard son pinard sa souffrance
Dans la ville où lentement les rues meurent.

Affalé, avalée l'ultime goutte,
Dernière lampée, dernière rasade,
Il rentre et se couche pataud, malade,
Son ventre adipeux en grande déroute.

Le fait du logis bruyamment s'endort,
Pour des rencontres du troisième trip,
Cela vaut bien mieux qu'un ego sans tripes,
Il s'est bien battu pour ce réconfort...

François Ville
La version chantée est à découvrir ici : https://youtu.be/Vid1y5Xwmf4

Écrit par francoisville
Humeurs, amour & humour
Catégorie : Chanson
Publié le 27/11/2018
Ce texte est la propriété de son auteur. Vous n'avez en aucun cas le droit de le reproduire ou de l'utiliser de quelque manière que ce soit sans un accord écrit préalable de son auteur.
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Commentaires
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Posté le 28/11/2018 à 00:03:13
Texte excellent, poème et chanson très originaux, très bien construits, sur un thème qui me touche, je dis bravo François, en tant qu'adorant les jeux de mots et respectant l'ironique désespoir qu'ils font passer !
jacou
Posté le 28/11/2018 à 08:44:46
Merci Jacou ! Je me suis vraiment fait des noeuds dans le cerveau pour écrire ce poème. Je voulais à la fois raconter une histoire un peu littéraire, respecter une certaine forme, et incorporer un maximum de jeux de mots. Ce doit d'ailleurs être ma chanson qui en contient le plus.
Du coup, je me suis retrouvé avec 13 strophes, et j'ai dû en supprimer 3 pour que la version chanson tienne la route.
C'était sans doute ce qu'on appelle les vers de trop !
francoisville
Posté le 28/11/2018 à 09:17:05
Oui, François, en effet, j'ai bien senti quel jus de cervelle, quel "temps de cerveau" comme on dit à TF1, avaient été exprimés et occupés par l'écriture de ces paroles, et surtout la longueur de la chanson/poème !
Ça part comme du Bobby Lapointe, mais ensuite l'approfondissement du désespoir du personnage est tel que ça n'est plus léger, mais sombre comme l'alcoolisme et la tromperie...
Je réécoute le poème chanté avec plaisir, encore merci de nous en faire profiter sur le site !
jacou
Posté le 28/11/2018 à 20:14:01
J'ai adoré francoisville ce poème où la déception, la tristesse épouse l'alcool qui n'en finit plus de couler comme les larmes du désespoir. Bravo!
fee-de-ble
Posté le 28/11/2018 à 21:41:34
Merci Jacou et Fée de blé ! Je suis féru de jeux de mots, mais c'est clair qu'ils ne sont pas toujours destinés à faire rire. Ici, ça allège le propos par moments, mais le fond reste tragique.
francoisville
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19/04 08:58Sarahg
Ok.
19/04 08:56Plume borgne
J'ai pas dit le contraire
19/04 08:52Sarahg
Non, les destins peuvent être merveilleux.
19/04 08:50Plume borgne
Tout se résume au livre ivre d'une vie de givre
19/04 08:00Sarahg
Remarque, un livre où tout est déjà accompli, ce serait pas mal.
19/04 07:45Sarahg
Ce serait un livre douloureux. Un livre a besoin d'une histoire, de vie.
19/04 06:43Plume borgne
Imagine un livre d'une page dont le titre serait livre dans lequel il n'y aurait que le mot livre en préface en histoire et en résumé
17/04 07:42Sarahg
"C'est pas marqué dans les livres que l'plus important à vivre est de vivre au jour le jour, le temps c'est de l'amour..."
17/04 07:25Plume borgne
Les décisions sont un fléaux
17/04 06:51Sarahg
Indécis et ancré à la terre du destin.
17/04 05:00Plume borgne
Essaye d'imaginer quelque chose en étant le plus indécis possible
17/04 02:47Sarahg
Imagine qu'il n'y ait jamais de tristesse indicible
16/04 08:28Plume borgne
Imagine qu'on parvienne à tuer l'ennui
15/04 10:58I-ko
imagine qu'il n'y a rien à tuer ou à mourir
15/04 05:16Plume borgne
Pourquoi ne pas imaginer l'imagination ?
14/04 04:41Bleuet_pensif
Si seulement cette imagination était réelle...
14/04 04:31I-ko
imagine tous les gens vivre leur vie en paix
12/04 07:39Ocelia
Imagine les gens vivant pour maintenant, imagine si le paradis était un mensonge. Lennon
11/04 04:10Sarahg
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11/04 04:09Sarahg
"La folie est un don de Dieu". Jim Fergus

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