La chronique urbaine n'est pas avare de rumeurs,
mais jamais ne taira son antagonisme d'avec la vraie vie.
La vie ardente ne peut probablement se vivre qu'au fond de soi,
elle s'exfolie rarement.

Il est impossible de projeter autant de soi dans le bloc massif de complétude d'un mur,
sur une rigole d'eau qui court auprès des pas dans le caniveau,
dans un ciel voilé de mâts d'antennes halant quelque résidu chimique incognito,
et se hâlant aussi à sa couleur quasi incolore.

Il suffit de se passer un gant sur le visage après la pluie,
de nettoyer ses verres de lunettes de même,
pour constater combien la ville imprègne la peau de l'homme,
combien peu de lui au contraire peut se dépenser, se diluer
- s'oublier en somme, et dans le détail -
dans l'environnement et la communication
en état de surchauffe perpétuelle et de délabrement structurel de la ville,
le renvoyant à son état:
un massif d'étrangeté pour lui-même et ses témoins.

Peut-être, les hommes d'autrefois, élargis des villes
qui étaient, souvent, d'assez modestes bourgades,
connaissaient-ils mieux l'aptitude à se laisser aller à la rivière,
être tenté d'imiter le chant des oiseaux,
de s'enfoncer avec crainte dans une forêt touffue pour se perdre.

S'oublier dans un décor dont ils n'étaient pas la seule composante,
éléments actifs de la biosphère mais pas encore trop évidemment prédateurs,
sans être ces dieux du commun fréquemment psychologisés que nous sommes à présent.

Sans nulle nostalgie de l'âge d'or et de ses bannières barbares,
il ferait si bon reconsidérer le rapport à la nature
que nous jouons aujourd'hui,
comme si elle devait nous survivre éternellement.

Rien n'est aussi sûr,
mais par bonheur il existe toujours des lieux qui ont gardé l'odeur du passé,
et comme d'antiques divinités protectrices,
déesses des eaux et forêts d'alors,
des hommes qui ont conservé, cultivé l'ancien regard
de respect, de confiance et d'apprentissage
que revêtait la vie au rythme de la nature.

Rousseauistes d'après l'heure
- connaissant les nécessaires entorses que nous fait subir le contrat social -
ou écologistes bien de leur temps.

Nous n'avons pas tous de dispositions au bonheur.
C'est pourquoi il est bon de le ressentir parfois à travers les lignes,
d'un texte ou d'une main,
que pour un seul instant un autre nous tend.

Et d'aimer, après lui,
recueillir ces mystérieuses traces que le mot bonheur a inscrites en notre chair,
mais dont nous ne savons plus lire l'alphabet.

Et méditer sur le long siècle d'oubli de soi,
qui nous a vus nous achever vivants,
quand autrefois nous n'achevions que les morts.

Écrit par jacou
L'art alchimique me tue, me transmute, me sublime. J'en renais plus fort, poétiquement. À suivre.
Catégorie : Divers
Publié le 15/06/2014
Ce texte est la propriété de son auteur. Vous n'avez en aucun cas le droit de le reproduire ou de l'utiliser de quelque manière que ce soit sans un accord écrit préalable de son auteur.
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Commentaires
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Posté le 15/06/2014 à 08:04:29
MERCI JACOU , JE REVIENDRAI TE RELIRE TES MOTS EN VALENT LA PEINE
flipote
Posté le 15/06/2014 à 09:42:04
Merci beaucoup, très chère flipote, pour ton passage et bon dimanche !
Cordialement.
jacou
Posté le 15/06/2014 à 18:46:53
Merci très cher jacou pour ce superbe poème en vers libres. Ceux-ci me touchent particulièrement, moi qui ai grandi dans une "petite bourgade" puis ai dû m’exiler à Paris pour mes études. Vous décrivez admirablement cette impression de lien coupé avec la Nature, d'être dans un milieu hostile, comme déraciné, ainsi que le réconfort que peuvent apporter les mots en nous renvoyant à ce passé.

Bien à vous.
Florent
Florent
Posté le 16/06/2014 à 07:13:20
Je vous remercie, très cher Florent, de m'évoquer votre parcours qui vous a rendu sensible à ces mots. Puissiez-vous trouver un juste équilibre géographique dans la suite de votre carrière !
Cordialement.
jacou
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19/04 08:58Sarahg
Ok.
19/04 08:56Plume borgne
J'ai pas dit le contraire
19/04 08:52Sarahg
Non, les destins peuvent être merveilleux.
19/04 08:50Plume borgne
Tout se résume au livre ivre d'une vie de givre
19/04 08:00Sarahg
Remarque, un livre où tout est déjà accompli, ce serait pas mal.
19/04 07:45Sarahg
Ce serait un livre douloureux. Un livre a besoin d'une histoire, de vie.
19/04 06:43Plume borgne
Imagine un livre d'une page dont le titre serait livre dans lequel il n'y aurait que le mot livre en préface en histoire et en résumé
17/04 07:42Sarahg
"C'est pas marqué dans les livres que l'plus important à vivre est de vivre au jour le jour, le temps c'est de l'amour..."
17/04 07:25Plume borgne
Les décisions sont un fléaux
17/04 06:51Sarahg
Indécis et ancré à la terre du destin.
17/04 05:00Plume borgne
Essaye d'imaginer quelque chose en étant le plus indécis possible
17/04 02:47Sarahg
Imagine qu'il n'y ait jamais de tristesse indicible
16/04 08:28Plume borgne
Imagine qu'on parvienne à tuer l'ennui
15/04 10:58I-ko
imagine qu'il n'y a rien à tuer ou à mourir
15/04 05:16Plume borgne
Pourquoi ne pas imaginer l'imagination ?
14/04 04:41Bleuet_pensif
Si seulement cette imagination était réelle...
14/04 04:31I-ko
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