Il y a longtemps, un certain homme, amoureux du Savoir, se lança dans la Quête de la Pierre Philosophale. Il était tellement épris par cette Pierre qu’il cherchait par tous les moyens de la trouver. Sa vie entière fut poussière devant ce désir si ardant. Les années passèrent comme le vent, et l’amour du Savoir se crispa sur son visage. Chaque ride était une bibliothèque de livres consumée, chaque cheveu perdu était l’holocauste de sa jeunesse. Ses temps passés furent solitudes, et il abandonna pour un simple amour de l’incertain toutes ses proches. Il se priva d’une femme et des plaisirs charnels ; il abandonna également sa progéniture devant la porte de la vie. Il donna son corps et son esprit à la Pierre, déesse de sa volonté.

Ses recherches étaient toujours tournées vers le savoir des livres. Il avait tant étudié de texte, et parlait une centaine de langues différentes. De tous les hommes, il était de loin le plus brillant. Rien, ô grand rien, n’était impossible pour lui. Les lois naturelles n’avaient plus de secret, et le monde des mathématiques était une pleine de jeu. Il sautait de discipline en discipline comme la grenouille saute de feuille en feuille.

Il ne savait pas vraiment ce que cette Pierre était, et encore moins pourquoi la rechercher. Mais, au fond de lui était gravé cet amour insoutenable. Personne ne l’avait vraiment vu, et tous ceux qui la recherchaient mourraient toujours avant de l’avoir trouvé. Certains Grands Maitres alchimistes, qui dans leurs jeunesses frivoles jacassaient devinrent silencieux dans la Voie de cette Quête. Peut-être que certains de ces certains Grands Maitres alchimistes auraient pu réussir, mais personne n’est revenu expliquer comment le faire. Certains autres, après avoir abandonné la Quête, disaient, par contre, que cette Pierre n’existait pas, et qu’elle s’arrêtait à un simple mythe. Mais cela n’empêchait pas notre cher alchimiste de poursuivre sa Voie.

Cet amour pour la Pierre était, en vérité, pour tous ceux qui ne la recherchaient pas, un fléau qui fallait absolument détruire. Ces hommes de peu de foi, qui n’aimaient pas le Savoir et qui répugnaient cette Quête combattaient à mort les alchimistes. « Ils propagent le fléau, disaient-ils » ou encore « ceux qui aiment la Pierre sont des fous qui détruisent le monde, qui l’anéantit et qui le réduit à l’esclavage ». Peut-être que ces hommes de peu de foi avaient raison. Mais cela n’empêchait pas notre alchimiste de poursuivre sa Voie.

Un jour, notre alchimiste se regardait dans un miroir et murmura quelques mots. « Ô Esprit Saint, disait-il, si mon ignorance est comme une coupe vide, alors comble là afin que le Savoir puisse se déverser sur mon esprit ; si ma faiblesse est comme un fer brut, alors bats là, afin de la faire devenir fine comme une épée pour qu’elle puisse fendre les lois de ce monde. Ainsi, par cette Grâce, je pourrais enfin arriver au bout de ma quête et tenir de mes propres mains ce que tant d’hommes espèrent posséder, la Pierre. » Mais l’Esprit Saint resta muet.

Mais même dans le silence de l’Esprit Saint, l’alchimiste ne perdait pas la foi et continuait sa Quête. Cette Voie ressemblait à une ascèse de l’âme où chaque pas résonnait dans l’esprit de l’alchimiste comme un puits sans fond. Il se sentait comme étant perdu dans l’ombre où seule la foi lui permettait de continuer à espérer la lumière. Dans sa chambre, la lumière était tellement silencieuse que ses murs semblaient peints de noir. Il était là où il se sentait être. « J’allumerais la bougie, disait-il, quand j’aurais trouvé la Pierre, afin que la première chose que je puisse voir dans ces ténèbres soit ma Grande Œuvre. » Mais la bougie fonda bien avant qu’elle fût consommée. Le temps était presque fini pour lui. Son corps commença à lui faire rappeler son impuissance. Il prenait depuis sa jeunesse l’habitude de se voir dans le miroir toutes les heures afin de se rappeler qu’il était. Car, son visage, lui rappelait sa Quête. Mais cette fois-ci, il ne vit plus la Quête, mais il vu la mort.

« Ô combien d’années se sont écoulées depuis ! J’ai tout abandonné pour la Pierre et jamais elle ne se présenta devant moi. Mes mains ne pourront jamais toucher l’impossible et mes yeux ne pourront jamais voir l’invisible. J’étais perdu depuis ma naissance et je le serais même après ma mort. Ô combien de roses j’ai vu éclore et combien d’autres faner. Que dois-je donc encore perdre pour trouver cette Pierre ? » Il accepta par cela que la Pierre fût trop grande pour lui. Et il se souvint d’une petite histoire que racontait son père :

« Il était une fois un petit garçon aveugle qui contemplait le soleil. De toutes les choses, il ne pouvait percevoir que la belle chaleur du soleil. Il la contemplait tellement qu’il désirait tenir le soleil en main. À chaque instant, il essayait de saisir sa douce chaleur. Mais ses parents lui dirent que le soleil était bien trop grand et bien trop loin pour lui. Alors, l’enfant demanda à ces parents : « qui est-ce celui qui tient le soleil en main ». Et ses parents lui dire « le vide ». Alors l’enfant, depuis ce jour, essaya de devenir le vide pour tenir ce magnifique soleil. »

Par cette souvenance, il comprit ce qu’il devait encore abandonner pour trouver la Pierre. Il devait s’abandonner tout entier. Il devait devenir le vide. Et au moment même où il connut la Révélation, il s’éteignit devant ce secret. Depuis ce jour, personne ne sut s’il partit avec la Pierre, car il ne revint jamais, comme les Grands Maitres alchimistes, le dire. Ce mystère, qui était le mystère des mystères resta muet, tout comme l’Esprit saint devant le pieu.

« Mourez avant de mourir ! » Voici les paroles de l’Esprit Saint. Celui qui comprend ces lignes à l’œil de l’Évidence ; mais nombreux sont ceux qui sont bornés. En vérité, la Vérité n’est pas cachée et elle se trouve toujours derrière le miroir. L’œil de l’Évidence et celui qui peut voir à travers le miroir, sinon ce n’est que son propre reflet qui est vu. Mourez ! Tuez donc cet égo qui vous traine. Comme le roi Alexandre le Grand, bien grand qu’il fut, était petit, car en aucun cas il ne s’attacha à la Lumière, et son monde le retenait de bien trop de choses. Il fut condamné, au moment-même qu’il fut roi, à une vie dans l’ombre, car son regard était toujours porté sur ce monde et non sur ce qu’il y avait à travers. Soyez comme ses papillons qui adorant le feu se jettent dedans par amour, et s’anéantissent enfin ! Aucun papillon n’est revenu pour dire ce qui avait dans l’autre côté de cet Amour, car quel fou oserait revenir parmi les hommes quand il est avec la Vérité ? Pourriez-vous de nouveau retourner dans le puits ténébreux parler aux rats, quand vous êtes enfin sortie de celui-ci vivant enfin dans la lumière ? Quel fou le ferrait hormis le borné ?

Écrit par Merci
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Catégorie : poèmes divers
Publié le 15/04/2017
Ce texte est la propriété de son auteur. Vous n'avez en aucun cas le droit de le reproduire ou de l'utiliser de quelque manière que ce soit sans un accord écrit préalable de son auteur.
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Commentaires
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Posté le 15/04/2017 à 18:11:29
Bien écrit mais considères tu cela comme un poeme ?
CRO-MAGNON
Posté le 15/04/2017 à 19:15:26
Eugène Canseliet et Fulcanelli seraient intéressés par ce beau texte. Pourquoi ne pas le condenser en un poème ?
jacou
Posté le 15/04/2017 à 19:50:28
CRO-MAGNON :Merci de ton commentaire. Bien sur que je considère cela comme de la poésie. Devrais-je considérer les cantiques des oiseaux d'Attar comme autre chose qu'un poème ? L'âme de la poésie réside dans son essence et non dans sa forme. La poésie fait chanté le lecteur, le cœur du lecteur et non seulement sa pensée.

Jacou: Merci jacou. Que voudrais-tu dire par condenser en un poème ?
Merci
Posté le 15/04/2017 à 20:08:08
Je pense que ce récit alchimique, tu pourrais le résumer, pour qu'il soit moins long à lire et donc plus accessible à tous, dans ses grandes lignes essentielles :
Une strophe traiterait de la recherche alchimique proprement dite ;
Une autre évoquerait le conte et la notion de vide nécessaire à faire en soi ;
Une troisième strophe formerait la conclusion que tu as donnée à ton récit.

Ainsi, en une forme ramassée sur elle-même, ton poème n'en acquerrait que plus de force, comme le tigre de William Blake.
jacou
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19/11 10:41Yuba
Bonjour Georges, bonjour Zigzag..bonjo ur aux rêveurs d'évasions sans frontières...
19/11 08:08jacou
Bonjour à tous, ouvrez-nous encore ce jour le vaste domaine de vos poésies !
18/11 06:30Zigzag
Perdu des poemes écrits à la main, donc un peu de mauvaise humeur passagère
18/11 06:29Zigzag
Salutations!
18/11 03:17jacou
Bonjour Assia, Daniel, Marine.
18/11 02:13grêle
Je vous souhaite sur icetea un excellent dimanche gorgé de poésie chaleureuse
18/11 11:54lefebvre
Bon dimanche ensoleillé à toutes et à tous
18/11 10:20Yuba
Bonjour et excellent dimanche à toutes et tous ..ici il s'entame sous musique pluviale ...
18/11 09:44jacou
Bon dimanche.
18/11 12:32jacou
Puisses-tu revenir parmi nous bientôt, te blottir au cœur de toi, et faire rayonner la lumière de ta générosité et de ta gentillesse qui nous a illuminée ici.
18/11 12:30jacou
Bonsoir douce Suane, je te souhaite une nuit consolatrice. Les épreuves de la vie que nous surmontons élèvent nos âmes en êtres de lumière...
18/11 12:16suane
Belle et douce lumineuse nuit...Prenez soin de votre âme... Amicalement.
18/11 12:15suane
Bonsoir à tous, je m'absente quelque temps afin d'accompagner un être cher sur le chemin de la consolation, éclairer son présent jusqu'à devenir une étoile...
17/11 10:58jacou
"Ce sont amis que vent emporte / Et il ventait devant ma porte..." (Rutebeuf)
17/11 10:49jacou
Bonjour ami(e)s que la poésie transporte, et il poétisait devant ma porte...
16/11 10:57Yuba
Bonjour Georges , bonjour Weedja et bonjour à tous les passeurs de mots sur ce pont de poésie...
16/11 09:44jacou
Bonjour la Compagnie des Poètes : troubadours, trouvères, aèdes, chanteurs...
15/11 01:47Weedja
Très bonne idée afin de contrer le changement de saison.
15/11 11:16Yuba
Bonjour Georges , bonjour Daniel et bonjour à toute la communauté icetea ...on va remplacer le thé glacé par des boissons chaudes à volonté ! lol !
15/11 11:15lefebvre
Bonjour Georges et bonjour à tous les poètes

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